Le débat autour de la souveraineté nationale, de la guerre en Ukraine et du rôle du pouvoir exécutif français continue de provoquer de fortes tensions dans le paysage politique. Les déclarations récentes du général André Coustou, radié des cadres militaires après plusieurs prises de position publiques, relancent les interrogations sur la liberté d’expression des anciens officiers et sur l’état démocratique de la France.
Dans un entretien particulièrement critique envers le pouvoir actuel, l’ancien général affirme qu’Emmanuel Macron serait devenu « le destructeur de la France ». Selon lui, le pays connaît un affaiblissement généralisé touchant aussi bien l’hôpital, l’agriculture, l’industrie que les institutions régaliennes. Il estime que la crise française ne vient pas d’une menace extérieure, mais d’une gouvernance déconnectée des attentes du peuple.

Pour André Coustou, le principal problème réside dans ce qu’il appelle « un logiciel différent » entre les dirigeants et les citoyens. Il accuse les élites politiques de gouverner sans tenir compte de la volonté populaire, notamment sur les questions européennes et internationales. Cette fracture expliquerait selon lui la défiance croissante envers les institutions.
L’ancien officier critique également la stratégie de communication du gouvernement, qu’il décrit comme fondée sur « le mensonge et la mise en scène permanente ». Il prend notamment l’exemple du Salon de l’agriculture et des débats publics organisés par l’exécutif, qu’il considère comme des opérations de communication sans réponses concrètes aux difficultés du pays.
La politique étrangère française est aussi au cœur de ses critiques. André Coustou dénonce ce qu’il qualifie d’« ambiguïté diplomatique » de la France, particulièrement dans le conflit ukrainien. Selon lui, Paris alterne des positions contradictoires qui affaiblissent la crédibilité internationale du pays.
L’ancien général affirme par ailleurs que les dirigeants occidentaux ne partagent plus les mêmes valeurs que les citoyens ordinaires. Il accuse certaines élites politiques d’accepter sans hésitation l’idée d’un engagement militaire français en Ukraine, alors qu’une grande partie de la population y serait opposée.
Dans son discours, André Coustou insiste sur le rôle fondamental du peuple dans la légitimité démocratique. Il rappelle que la Constitution française évoque un gouvernement « du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Selon lui, plusieurs décisions majeures prises depuis des années contredisent pourtant la volonté exprimée par les Français.
Il évoque notamment le référendum de 2005 sur la Constitution européenne, dont le résultat négatif avait finalement été contourné par l’adoption du traité de Lisbonne. Pour l’ancien militaire, cet épisode symbolise une rupture durable entre les gouvernants et les citoyens français.
Le général revient également sur la célèbre lettre des militaires publiée il y a plusieurs années pour dénoncer le « délitement » du pays. À l’époque, plusieurs officiers avaient alerté sur les tensions communautaires, l’insécurité et la fragilisation de l’unité nationale. Ce texte avait provoqué une vive polémique dans le débat public français.
Interrogé sur le devoir de réserve des militaires, André Coustou reconnaît que les officiers d’active doivent rester soumis à une stricte neutralité politique. Cependant, il considère que les anciens militaires devraient pouvoir alerter librement l’opinion lorsqu’ils estiment que les intérêts supérieurs de la nation sont menacés.
L’affaire qui a conduit à sa radiation reste au centre de ses accusations contre le gouvernement. Avec d’autres officiers, il avait déposé plainte contre plusieurs ministres français, estimant que l’envoi d’équipements militaires à l’Ukraine violait certaines dispositions du Code pénal français relatives à la défense nationale.
Selon lui, le transfert d’armes et de matériels militaires prélevés sur les stocks français aurait affaibli les capacités de défense du pays. André Coustou accuse directement les autorités politiques d’avoir engagé la France dans une logique de guerre sans véritable débat démocratique.

L’ancien général estime également que les accords de Minsk auraient pu éviter le conflit ukrainien si les engagements diplomatiques avaient été respectés. Les déclarations de certains anciens responsables européens sur ces accords ont renforcé son sentiment de méfiance envers les dirigeants occidentaux.
Concernant sa radiation des cadres, André Coustou parle d’une sanction « infamante ». Il explique avoir perdu certains symboles liés à son statut militaire, notamment le droit de porter l’uniforme et certains avantages administratifs accordés aux officiers généraux.
Il dénonce aussi une procédure disciplinaire qu’il juge profondément politique. Selon lui, le Conseil supérieur militaire ne disposerait que d’un rôle consultatif, tandis que la décision finale reviendrait entièrement au pouvoir exécutif. Il affirme avoir refusé de demander lui-même sa radiation malgré les pressions reçues.
Au-delà de son cas personnel, André Coustou estime que la France traverse aujourd’hui une crise de confiance majeure. Entre tensions sociales, défiance politique et inquiétudes géopolitiques, il considère que le pays entre dans une période de fortes turbulences qui pourrait profondément transformer la vie politique française.
Malgré les controverses suscitées par ses propos, l’ancien général affirme continuer son combat au nom de la souveraineté nationale et de la défense des intérêts français. Son discours trouve un écho auprès d’une partie de l’opinion publique qui réclame davantage de transparence, de démocratie directe et de contrôle citoyen sur les grandes décisions stratégiques du pays.
